CHEIKH HAMIDOU KANE

l’Afrique perd une grande voix, son œuvre demeure

Publié le : 05 oct. 2026 à 12:13
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L’écrivain sénégalais Cheikh Hamidou Kane, auteur de L’Aventure ambiguë, est décédé samedi 3 octobre 2026 à Dakar, à l’âge de 98 ans. Figure majeure de la littérature africaine, mais aussi ancien haut fonctionnaire et ministre, il laisse une œuvre qui continue d’interroger l’identité, l’éducation, la culture et le rapport de l’Afrique au monde.

Le Sénégal et, au-delà, le monde intellectuel africain sont en deuil. Cheikh Hamidou Kane s’est éteint à Dakar à 98 ans, après une vie consacrée à la littérature, au service de l’État et à la réflexion sur les transformations des sociétés africaines. Il a été inhumé dimanche au cimetière musulman de Yoff, en présence de ses proches, de responsables politiques, de personnalités religieuses et du monde culturel.

Né le 2 avril 1928 à Matam, dans le nord-est du Sénégal, Cheikh Hamidou Kane a grandi au croisement de deux univers de formation. Il a connu l’enseignement coranique avant de rejoindre l’école française. Cette double expérience, entre tradition islamique et éducation occidentale, allait profondément nourrir sa pensée et son œuvre.

 

L’Aventure ambiguë, une œuvre qui a dépassé son époque

Publié en 1961, L’Aventure ambiguë est rapidement devenu un classique de la littérature africaine. Le roman raconte notamment le parcours de Samba Diallo, confronté à la rencontre entre l’enseignement traditionnel et le modèle éducatif occidental.

Mais derrière cette histoire se trouve une interrogation beaucoup plus vaste : comment accéder aux connaissances venues du monde extérieur sans perdre son identité, ses valeurs et ses racines ?

Plus de six décennies après sa publication, cette question conserve une forte résonance dans les sociétés africaines confrontées à la mondialisation, aux transformations technologiques et aux nouveaux modèles culturels. Traduit dans une quarantaine de langues, le roman a reçu en 1962 le Grand Prix littéraire d’Afrique noire et continue d’être étudié dans des établissements scolaires et universitaires de plusieurs pays.

Le président sénégalais Bassirou Diomaye Faye a précisément insisté sur cette dimension de l’œuvre, estimant qu’elle avait donné à plusieurs générations d’Africains les mots pour réfléchir à l’ouverture au savoir du monde tout en préservant leur identité.

 

Un écrivain également au service de l’État

La trajectoire de Cheikh Hamidou Kane ne s'est toutefois pas limitée aux lettres. Haut fonctionnaire puis ministre, il a participé à la construction de l’État sénégalais dans les premières décennies suivant l’indépendance.

Il a notamment dirigé le ministère du Plan et de la Coopération ainsi que celui du Développement industriel et de l’Artisanat. Des responsables sénégalais ont ainsi rappelé son rôle dans les premières années de la souveraineté nationale et son engagement dans la construction du pays.

Cette double dimension, intellectuelle et administrative, donne une profondeur particulière à son parcours. Pour le ministre sénégalais de l’Éducation nationale, Moustapha Guirassy, l’héritage de Kane ne relève d’ailleurs pas seulement de la littérature : il touche également aux questions d’éducation, d’économie et de développement.

 

Une pensée toujours actuelle

En 1995, Cheikh Hamidou Kane publie Les Gardiens du temple, son deuxième grand roman. Il y poursuit sa réflexion sur les traditions, le progrès et les difficultés auxquelles sont confrontés les jeunes États africains après les indépendances.

Son héritage dépasse aujourd’hui largement les frontières du Sénégal. Depuis le 18 janvier 2023, l’Université numérique du Sénégal, auparavant appelée Université virtuelle du Sénégal, porte son nom. Ce choix symbolique établit un lien entre l’écrivain qui s’interrogeait sur l’éducation et les générations de jeunes Africains qui accèdent désormais au savoir grâce aux outils numériques.

Au lendemain de sa disparition, les hommages soulignent également ses qualités humaines. Des responsables sénégalais ont évoqué sa modestie, sa générosité, sa discrétion et son ouverture intellectuelle. Le critique littéraire Massamba Guèye voit en lui un patriarche, un homme de dialogue et un serviteur de l’État.

Au Bénin, le président Romuald Wadagni a lui aussi salué la mémoire de cette « grande voix » de la littérature africaine, en mettant en avant la contribution de son œuvre à la réflexion sur l’identité, la culture et le rapport au monde.

À 98 ans, Cheikh Hamidou Kane laisse donc plus que deux romans. Il laisse une question qui traverse encore l’Afrique contemporaine : comment se développer, apprendre et s’ouvrir au monde sans renoncer à ce qui fonde son identité ?

C’est peut-être là que réside la véritable actualité de son œuvre. Tant que cette interrogation restera au cœur des débats africains sur l’éducation, la culture et le développement, la voix de Cheikh Hamidou Kane continuera de résonner.

 

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